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Auteur Sujet: Varzesh pahlavani  (Lu 1473 fois)

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Hors ligne tarek

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Varzesh pahlavani
« le: avril 12, 2010, 08:27:26 pm »
Bonjour tout le monde,

     Je m'excuse de faire irruption dans ce forum mais j'aimerais avoir quelques infos que seul un iranien peut m'aider à trouver. Bien sur, je ne suis pas iranien vu que je demande de l'aide à iranien, je suis de Paris et je suis intéressé par la culture iranienne que je trouve très riche et pas assez connue (d'ailleurs j'aimerais bien apprendre le perse). Parmi mes recherches je suis tombé sur une sorte de sport ou lutte iranienne appelée "varzesh phlavani". Elle m'interesse beaucoup et surtout les outils qu'elle utilise pour faire les exercices. J'aimerais savoir si quelqun ici (iranophone bien sur) pourrait m'aider à me renseigner sur comment me procurer ces outils et surtout celui appelé "MIL" ou en anglais "indian club" qui est une sorte de masse ou batte en bois lestée. Toute aide est la bienvenue.

Merci d'avance.

PS : Pour les modérateurs, je ne sais pas si c'est la bonne section car je pense que ce sport fait partie de l'histoire, donc de la culture iranienne. Si ce n'est pas le cas je m'excuse d'avance.

Hors ligne shervin

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Re : Varzesh pahlavani
« Réponse #1 le: avril 14, 2010, 12:50:58 am »
salut

tu veux parler du zourkhouneh ? http://en.wikipedia.org/wiki/Zurkhaneh
il faut demander aux parisiens quelques adresses mais je crois pas que tu puisses tout trouver.

Hors ligne tarek

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Re : Varzesh pahlavani
« Réponse #2 le: avril 14, 2010, 11:08:20 am »
Salut,

     Oui exactement, enfin le zourkhaneh comme c'est écrit c'est la salle ou l'on pratique pas le sport lui, je ne sais pas s'il y des iranien de paris ici. Je pensais que c'etait un forum français. Je sais c'est un peu particulier ce que je demande mais ça ne coute rien d'essayer.

Hors ligne Florinda

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Re : Varzesh pahlavani
« Réponse #3 le: avril 14, 2010, 11:44:48 am »
Bonjour et bienvenue  :jap:
Tu devrais mettre ta demande dans la rubrique sport, tu auras peut-être plus de chances avec quelques sportifs de passage !

Hors ligne tarek

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Re : Re : Varzesh pahlavani
« Réponse #4 le: avril 22, 2010, 06:26:16 pm »
Bonjour et bienvenue  :jap:
Tu devrais mettre ta demande dans la rubrique sport, tu auras peut-être plus de chances avec quelques sportifs de passage !

Bonjour

apparemment c'est fait

Hors ligne Florinda

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Re : Varzesh pahlavani
« Réponse #5 le: décembre 19, 2011, 08:13:59 pm »
Quand la lutte est un art et une mystique en Iran
Le Point - 19 déc. 2011

Il existe en Iran des gymnases un peu spéciaux : les zourkhaneh. On y pratique une lutte à mi-chemin de la danse et de la prière.

La mélopée lancinante entonnée par le maître de musique pour rendre hommage aux figures saintes du chiisme envahit la salle, scandant les efforts des pratiquants. Autour et à l'intérieur de la fosse qui en occupe le centre, les athlètes s'adonnent à toutes sortes d'exercices. On les voit agiter des arcs alourdis d'anneaux en fer au-dessus de leur tête. Dos au sol, soulever d'énormes panneaux de bois en développé-couché, derrière lesquels ils disparaissent. Manier, voire jongler avec d'impressionnantes quilles en bois pesant jusqu'à vingt kilos. Se lancer dans des exercices giratoires qui évoquent les derviches tourneurs du soufisme. Puis s'adonner à une prière.

Bienvenue dans le monde étonnant des zourkhaneh ou "maisons de la force" en persan, qui perpétuent une tradition iranienne séculaire. Ces gymnases traditionnels iraniens valent le détour, ne serait-ce que par leur ambiance, parfois digne d'un palais oriental. Des peintures d'Hussein, le martyr descendant du Prophète dont l'assassinat a scellé le schisme de l'islam entre le chiisme et le sunnisme. Des photos sépia de générations de gymnastes qui ont fréquenté l'endroit. Des mosaïques, des moulures en stuc complètent le décor.

Concurrence des autres sports

Toutes les grandes villes d'Iran disposent d'une salle dédiée et Téhéran en compterait à elle seule une cinquantaine. Puisant leurs racines dans la chevalerie mystique islamique, les zourkhaneh défendent les valeurs masculines traditionnelles. Durant leur âge d'or, elles étaient fréquentées par des lutteurs (qui s'entraînaient dans la fosse), des forts du Bazar (équivalent de nos anciens forts des Halles), voire de caïds de quartiers.

À partir des années trente, la concurrence d'autres sports comme le football, l'éloignement de cette discipline avec les lutteurs "modernes" qui ont créé leur propre fédération et leurs lieux d'entraînement, ont privé les zourkhaneh d'une partie de leur public. Elles tentent de trouver un second souffle en valorisant leur folklore, les exercices traditionnels de musculation, de synchronisation ou d'adresse.
Par Frédéric BRILLET

http://www.lepoint.fr/culture/quand-la-lutte-est-un-art-et-une-mystique-en-iran-19-12-2011-1410275_3.php

Hors ligne Azadeh

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Re : Varzesh pahlavani
« Réponse #6 le: décembre 19, 2011, 09:40:49 pm »
 :super:
وين نغمه محبت بعد از من و تو ماند
تا در زمانه باقي‌ست آواز باد و باران

Hors ligne Florinda

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Re : Varzesh pahlavani
« Réponse #7 le: février 06, 2012, 09:56:43 am »
Reportage de 10 mn de la télévision française, datant de 1963

http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/CPF04007202/les-zourhanes.fr.html

Hors ligne tarek

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Re : Re : Varzesh pahlavani
« Réponse #8 le: février 07, 2012, 02:20:33 pm »
Reportage de 10 mn de la télévision française, datant de 1963

http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/CPF04007202/les-zourhanes.fr.html

Merci pour cette video, je suis toujours intéressé (depuis le temps :)) j'aimerais juste pouvoir en pratiquer ici à Paris.

Hors ligne Florinda

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Re : Varzesh pahlavani
« Réponse #9 le: février 17, 2018, 01:38:35 pm »
ZURKHÂNEH Les forces vives de l’Iran
Par Fred Daudon - 6 août 2016

Le bazar s’est vidé comme un seul homme. Les rideaux métalliques des échoppes sont à moitié clos, les klaxons et les vendeurs se sont tus, les acheteurs disparus. A deux pas, le muezzin de Masjed-e Vakil appelle les fidèles à l’isha, la prière du soir. Une lumière diffuse émet d’une porte rouge entre-ouverte donnant directement sur l’allée du bazar Roz.
Un jeune homme attend sur le palier. Son tonbân, pantacourt brodé aux couleurs chatoyantes, le trahit. Il s’agit de la culotte traditionnelle des pahlavâni, champions de ce sport antique et normalement réservé aux grandes occasions. Alireza nous invite à le suivre et à entrer dans ce lieu qui, d’extérieur, ressemble plus à un tekke ou à un hammam qu’à un gymnase traditionnel. A vingt heures, comme tous les soirs, il vient s’entrainer dans la zurkhaneh Polad de Shiraz, l’une des plus vieilles d’Iran.
Zurkhaneh signifie littéralement « maison de la force », une traduction qui en limite considérablement le sens et la fonction. Pour être plus proche de la réalité, imaginez votre salle de sport dans une cave où vous faites vos exercices en écoutant des poèmes de Verlaine et des contes de Grimm chantés et rythmés par un chef d’orchestre hors pair. Nous descendons les marches patinées d’un petit couloir pour accéder à la pièce principale située en sous-sol. A chaque pas, l’air devient un peu plus moite et lourd, chargé de testostérone. “La hauteur du plafond nous oblige à rentrer tête courbée, il s’agit de respecter les lieux, nous raconte notre guide.” La salle est exigüe, les voûtes d’ogives se rejoignent sur un puit central de lumière. Des photos jaunies de saints, de grands athlètes et de membres de l’association, muscles bandés, recouvrent les murs. Certains sont tatoués, la pratique est pourtant interdite pour les musulmans. Le portrait éclairé d’Ali, gendre du prophète Mahomet, domine le gowd, la fosse octogonale qui sert de piste d’entrainement. A côté, en bonne place également, figure Gholamreza Takhti, champion olympique de lutte et emblème de la société iranienne.

Il n’y a pour l’instant pas foule. En attendant, Alireza s’affaire à la préparation de la salle. “Il y a une certaine hiérarchie, les plus jeunes et les derniers arrivés dans la zurkhaneh doivent effectuer les tâches domestiques, nous explique-t-il.” Il balaie, range les mil, ces quilles de bois pouvant peser de deux à cinquante kilos chacune et utilisées par paire en effectuant des mouvements rotatifs et alternés des bras. Il me tend deux quilles. “Tu dois les présenter droites devant ta poitrine, avant de les poser sur chacune de tes épaules, me lance-t-il.” Je le regarde ; il ne me paraît pas plus imposant que moi. Je porte les quilles et mes muscles commencent déjà à trembler. Mes pompes quotidiennes ne me sont d’aucune utilité à présent. Après quelques mouvements circulaires, je me rends à l’évidence et lui tends l’objet de mon martyr. La démonstration continue sous l’œil expert de Mohammad. Alireza se couche sur le dos et prend dans chaque main un sang, un panneau de bois pesant entre vingt et quarante kilos, qu’il porte à l’horizontale et parallèle à son corps. Mohammad corrige sa gestuelle. “Les exercices ne sont pas qu’une question de musculation ou de force, il s’agit d’apprendre à maîtriser et contrôler son corps et sa respiration, nous dit-il.”

Si l’origine de la pratique de ce sport traditionnel reste difficile à déterminer, les premières traces écrites mentionnant l’existence de ce sport remontent au XVIIème. Il reste cependant étroitement lié à l’histoire de la Perse et de l’Iran et à l’évolution de ses mœurs.

De la lutte au pouvoir

Alireza nous montre une planche en bois ressemblant à une épée – le takht-e shenâ. “Les exercices enseignés dans les zurkhaneh reprennent ceux des entrainements militaires, d’où la présence d’armes factices, nous assure-t-il.” Les historiens semblent cependant s’accorder sur la création de guildes de lutteurs entre le XIIIème et XVème siècles et que ceux-ci, d’un rang social inférieur, ont adopté des rituels soufis et intégré des règles strictes de communauté pour acquérir un plus grand respect auprès de la noblesse.
La première trace écrite mentionnant les pratiques des zurkhaneh date de la fin du XVIIème siècle. Ces écrits, en plus d’organiser les exercices physiques, hiérarchisèrent les zurkhaneh en donnant des fonctions d’état à trois personnages clés (le pahlavân, le luti et le shâter) dont subsistent encore quelques traces aujourd’hui.

Ainsi on retrouvait-on à la cour royale, un pahlavân-bashi, officier chargé des lutteurs et de la grande compétition de lutte organisée pour Norooz, le nouvel an iranien. A l’instar des tournois de chevalerie en Europe, les meilleurs lutteurs du pays combattaient, sous le regard du Shah, pour être désigné champion du roi et connaître une gloire et une ascension sociale très convoitée.
Aujourd’hui si la révolution est passée par là, un très officiel championnat national maintient l’esprit de compétition entre zurkhaneh et villes iraniennes. “Nous sommes troisièmes du championnat, annonce fièrement Mohammad dans un sourire, avant de rajouter, heureux, Yazd est bon dernier.”

Ces textes mentionnent aussi la fonction royale de luti-bâshi, chef des bouffons-acrobates dont les pirouettes et les jongles se retrouvent encore dans les exercices des zurkhaneh. Enfin, la figure du shâter, dont l’étymologie renvoie au rôle de boulanger qui enfourne la pâte en sautillant et ensuite fait référence au coursier du roi et des haut-fonctionnaires, dont la qualité première était l’endurance. Les shâter utilisait des planches disposées tout autour du gowd, sautant de l’une à l’autre en courant. La fonction disparut avec les moyens de communications plus rapides.

La renaissance d’un simurgh

Les chants accompagnant la séance d’entrainement puisent directement dans les poèmes écrits par les plus grands auteurs perses, Saadi, Hafez, Rumi et Ferdowsi. Ils content notamment la légende du mythique Rostam, personnage principal du Shah Nameh. Ce sport est ainsi une façon de communier avec les plus grands compositeurs persans et de promouvoir la tradition chevaleresque persane.

Avec l’introduction des sports occidentaux en Iran, la fin du patronage royal de la profession, la campagne de dénigrement des années 1920-1930 envers les pahlavâni et luti considérés comme corrompus, pédérastes et voyous, le sport est tombé en désuétude. Il retrouve récemment un deuxième souffle, à la manière de cet oiseau mythologique perse, le simurgh. La diffusion à la radio iranienne d’enregistrements de chants et percussions de zurkhaneh à partir de 1941 n’est certainement pas étrangère au phénomène.

Un exercice spirituel et physique

Au fur et à mesure des explications sur les origines et évolutions de ce sport traditionnel, la salle se remplissait. Quelques enfants, des adolescents, des étudiants comme Mohammad et Alireza et des personnes plus âgées, dont on se demande bien comment leur corps peut encore supporter de tels poids. Soudain arrive un grand gaillard. Il prend place sur un podium surplombant la salle. C’est le morshed, qui dirige l’entrainement en le rythmant de chants et de percussions. Suivant un principe d’ancienneté, les personnes âgées entrent en priorité dans la fosse, bénissant leur entrée en touchant le sol avec leurs doigts et les portant à leurs lèvres. Les exercices peuvent débuter.

Assister pour la première fois à un entrainement dans une zurkhaneh vous laisse aussi perplexe que regarder un match de cricket sans avoir quelqu’un à vos côtés pour vous expliquer les règles. Tout sport commence par un bon échauffement nous rappelle le morshed, dont la voix résonne contre les parois. Après une succession de sautillements censés rappeler les mouvements du shâter, les athlètes prennent ensuite position en cercle pour effectuer des pompes, chaque exercice étant entrecoupé d’invocations de la bénédiction de Dieu et de Mahomet et d’étirements. Le rythme s’accélère, une odeur de sueur s’ajoute à la chaleur du lieu. Les corps se relèvent et se dirigent vers les mil. Au signal du morshed, chacun présente sa paire de quilles et la porte sur ses épaules. Puis les plus agiles commencent à jongler à tour de rôle, parfois avec des quilles de plus de vingt kilos… Je n’ai pas eu accès aux statistiques d’accidents survenant dans les zurkhaneh.

S’ensuit une longue prière adressée à Ali par un des anciens de l’assemblée. Puis les plus jeunes s’essaient à tourner sur eux-mêmes à la façon d’une toupie dans un rituel comparable dans la forme à celui des derviches tourneurs. Les anciens s’y essaient aussi mais l’oreille interne fonctionne moins bien avec le temps. Nouvelle pause.

Un autre mastodonte, maillot de Marion Barber des Cowboys de Dallas (équipe de football américain NFL) sur les épaules, prend le kabbadeh, un instrument en métal ayant la forme d‘un arc, pesant entre 7 et 10 kg. La corde est remplacée par des disques de métal. L‘exercice consiste à passer l‘instrument au-dessus de sa tête en le bougeant de gauche à droite, le plus longtemps possible. L’entrainement prend fin sur ce dernier exercice. Les anciens rigolent et se félicitent de leur forme olympique en dégustant une pâtisserie bien méritée. Les enfants continuent à tourner puis s’arrêtent pour prendre une photographie et en profitent pour montrer leurs préférées d’Instagram.

Le morshed nous salue et part en nous récitant ce quatrain de Puryâ-ye Vali, l’un des plus grands pahlavâni:

« Si tu réussis à dominer ton âme concupiscente, tu es un homme,
Et si tu ne critiques pas autrui, tu es un homme,
Tu n’es pas un homme si tu piétines celui qui est tombé,
Mais si tu lui donnes la main, tu es un homme. »

Plus qu’un sport, c’est une philosophie, un lieu de solidarité et de partage, un parfait reflet de la société iranienne, faisant passer le collectif avant l’individu, la transmission du savoir par les aînés et le respect des traditions.

La salle se vide peu à peu, les échoppes du bazar sont désormais closes, Shiraz peut dormir sur ses deux oreilles, ses forces vives la protègent.

+ photos :
https://omnilux.exposure.co/zurkhaneh
« Modifié: février 17, 2018, 01:40:39 pm par Florinda »

Hors ligne Florinda

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Re : Varzesh pahlavani
« Réponse #10 le: mars 25, 2018, 02:20:47 pm »
En Iran, les "maisons de force" font de la résistance
25 mars 2018 - AFP

Les deux salles de sport n'ont que quelques rues d'écart, mais plusieurs siècles les séparent. L'une est ancrée dans la tradition, l'autre ultramoderne, à l'image d'une société iranienne tiraillée entre son attachement aux rites anciens et les influences extérieures.

Le contraste musical entre les deux endroits frappe d'emblée. Au club de mise forme Sport Plus, dans le centre de Téhéran, les haut-parleurs relaient un mélange importé tout droit d'Europe.

A dix minutes à pied, la "zourkhaneh" ("maison de force" en persan) du quartier Kosh offre un tout autre spectacle. Dans ce gymnase traditionnel iranien, un homme assis bat le rythme à l'aide d'un large tambour. De temps en temps, il fait tinter une cloche ou entonne une mélopée en l'honneur de l'imam Ali, figure sainte révérée des chiites.

Devant lui, des adeptes de ce que l'on appelle en Iran l'"ancien sport", ou le "sport héroïque", s'entraînent dans une fosse octogonale. Ils utilisent le même équipement depuis des siècles: de grandes quilles de bois ("mil") semblables à des massues, une sorte d'arc en métal, et un large et lourd bouclier ("sang").

Associé à la pratique de pompes et à des exercices de lutte, le maniement de ces objets - réservé aux hommes - permet de développer un physique d'armoire à glace.

Par comparaison, la musculature développée sous les néons tamisés de Sport Plus apparaît plus coquette: quadriceps et abdominaux finement sculptés font bon ménage avec des nez refaits à coup d'opérations de chirurgie esthétique.

Ici, on vous sert boissons énergisantes et frappés aux fruits quand la zourkhaneh vous offre du thé, avec sucre en morceaux.

Islam ou Instagram
Les différences entre ces deux univers sont saisissantes mais chacun d'eux a sa place dans le Téhéran d'aujourd'hui.

Sous l'influence d'une classe moyenne mondialisée, les salles de sport à l'occidentale poussent comme des champignons dans de nombreux quartiers. Certaines sont destinées aux hommes, d'autres aux femmes, et on y paie une cotisation.

Mais les zourkhaneh, comme les bazars, autre symbole de la culture perse, restent populaires. Elles vivent des modestes dons de leurs membres.

Aujourd'hui, le rituel des zourkhaneh est classé au patrimoine immatériel de l'humanité par l'Unesco.

"Cela remonte à 700 ou 800 ans. Peut-être qu'aujourd'hui les gens sont plus occupés et qu'ils ont d'autres choses à faire, mais cela perdure", dit Hossein Peykanfar, retraité de 62 ans, qui vient régulièrement à la zourkhaneh de Kosh.

On connaît mal les origines des zourkhaneh. Certains estiment qu'elles puisent leurs racines dans la société martiale de la Perse pré-islamique, mais aujourd'hui, elles sont fortement imprégnées par le chiisme, religion d'État de l'Iran depuis le XVIe siècle.

M. Peykanfar a beau être plus vieux que la plupart des hommes présents à l'entraînement, il manie avec une agilité impressionnante les "mil". "L'islam est la base même de ce sport. Sans les prières, cela ne sert à rien", dit-il.

La force des athlètes
Selon le gouvernement, on compte encore environ un millier de zourkhaneh en Iran, même si certains mythes qui leur sont associés tendent à disparaître.

"Autrefois, les gens venaient frapper à la porte des zourkhaneh et éponger la sueur du front d'un sportif à l'aide d'un mouchoir que l'on frottait ensuite sur le visage d'une personne malade pour la guérir", raconte M. Peykanfar en souriant.

Les salles de gym modernes sont, elles, à l'origine d'une nouvelle mythologie qui se développe sur les réseaux sociaux, où certains culturistes iraniens comptent des dizaines de milliers d'abonnés sur Instagram.

"On peut gagner de l'argent (...) en proposant des programmes d'entraînement ou de régime, ou en vendant des suppléments" alimentaires, explique Sadegh Ghassemi, vainqueur de nombreuses compétitions de culturisme.

Ce trentenaire continue d'assister à des spectacles de zourkhaneh et, en dépit de sa propre musculature, reste impressionné par la force des athlètes traditionnels. "C'est trop difficile pour moi", dit-il en riant. "Si j'essayais de soulever ces 'mil' 200 fois comme ils le font, je me ferais mal aux épaules !"

"Promouvoir le sport"
Mais les modes de vie changent et l'emploi du temps chargé de nombreux citadins s'accommode mal du rituel engoncé des zourkhaneh. "Ici, on fait ce qu'on veut quand on veut", dit Pooryia Akhoondi, 35 ans, à l'occasion d'une séance de musculation à Sport Plus.

La vie moderne apporte d'autres changements. "Dans le temps, les adeptes de ce sport étaient connus pour leur honnêteté et la noblesse de leur comportement", dit Ali Massoumi, 38 ans, qui assure la musique de la zourkhaneh de Kosh. "Cela tend à se perdre", ajoute-t-il.

Le grand-père de M. Massoumi, Khosro, a fondé les lieux il y a environ 80 ans. C'était le "pahlevan" ("champion") local.

Dans le temps, "il n'y avait pas de commissariat de police, donc si quelqu'un avait des difficultés, il venait voir (le pahlevan). Celui-ci trouvait de l'argent pour les gens sans emploi ou ayant besoin d'une dot en vue d'un mariage", explique le fils de Khosro, Majid Massoumi, qui, à 69 ans, dirige la zourkhaneh.

Si l'endroit continue d'attirer des foules de tous âges, les Massoumi savent que d'autres zourkhaneh survivent péniblement.

"Les officiels responsables des sports ne comprennent rien au rituel", regrette Ali, le petit-fils, déplorant le manque de soutien de l'Etat. "Ils construisent de nouveaux bâtiments, mais rien n'est fait pour promouvoir le sport lui-même. C'est comme pour les mosquées: on en construit au lieu de donner aux gens l'envie de prier."

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