Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.

Auteur Sujet: Il y a 50 ans, le couronnement du chah d'Iran et de Farah Diba  (Lu 37 fois)

0 Membres et 1 Invité sur ce sujet

Hors ligne Parvaneh

  • Immortel
  • *****
  • Messages: 5353
    • Voir le profil
Il y a 50 ans, le couronnement du chah d'Iran et de Farah Diba
« le: octobre 26, 2017, 08:20:10 am »
Le Figaro du 26 octobre 2017


Il y a 50 ans, le couronnement du chah d'Iran et de Farah Diba



LES ARCHIVES DU FIGARO - Le 26 octobre 1967, le chah d'Iran prend le titre d'empereur après 26 ans de règne. Son épouse, Farah devient la chahbanou. Notre reporter Hélène de Turckheim nous raconte la cérémonie digne d'un conte des Mille et une nuits.

La splendeur et le luxe d'un conte oriental: la capitale scintille «sous les ors et le jaillissement des lumières» raconte notre envoyée spéciale à Téhéran la veille du couronnement. Toutes les rues sont transformées en «voies triomphales». Les monuments publics sont éclairés de «mosaïques de paillettes lumineuses». Dans les rues plus modestes, on découvre des portraits des souverains et des drapeaux. Après un quart de siècle de règne, Reza Pahlavi se fait donc couronner: double fête, c'est également son quarante-huitième anniversaire.
La ferveur populaire est spontanée. Les personnes interrogées trouvent une véritable signification dans ce couronnement. «Dans ce pays qui a toujours connu la monarchie, qui est fait d'une multitude de peuples et de langues, le roi symbolise l'unité et, pour les petits paysans, il est le libérateur du joug féodal» explique une universitaire à Hélène de Turckheim. Les jeunes «intellectuels» croient voir un effet de communication de la part du roi: il veut «marquer son règne par un nouveau style». Il y aura ainsi un avant et un après 26 octobre.

La chahbanou

Le Chah décide d'un geste très symbolique de couronner sa troisième épouse Farah Diba. Une première! Désormais l'impératrice pourra éventuellement être à la tête du pays. La couronne, pesant près de 2 kilos, est conçue par le joaillier Van Cleef et Arpels (105 perles, 34 rubis, 2 spinelles, 38 émeraudes et 1.469 brillants); la tenue de sacre de la reine a été dessinée par la maison de haute couture Dior. Les invités doivent porter des robes longues, des chapeaux sans bord et des gants longs. Les couleurs pastel sont de rigueur.
Le point culminant de la cérémonie reste le couronnement: «on plonge dans l'iréél» s'étonne notre journaliste. Ce couronnement s'apparente à un conte de fées, rappelle les légendes de la Perse ancienne. Découvrez le reportage d'Hélène de Turckheim où se mêle surprise et émerveillement.

Il y a en Iran une coutume qu'on appelle le «Tchechmer Rochan» . Quand quelque chose se produit pour un Iranien, il donne une belle fête, puis il invite ses amis pour partager sa joie.
C'était un peu cela le couronnement. Somptueux et familiers, à la fois, les souverains fêtaient avec les leurs leur nouvelle prospérité.

Contrairement à ce qui se passe en Angleterre (et visiblement le protocole iranien a pris souvent modèle sur le couronnement d'Elizabeth II, ce ne sont pas les gens de la rue qui se sont levés le plus tôt aujourd'hui. À 7 heures du matin, alors qu'arrivaient au palais du Golestan les premiers des 2.500 invités (le protocole avait prévu quatre heures de mise en place), les rues étaient encore vides, les volets partout fermés. Il est vrai que jusqu'à 2 heures les habitants de Téhéran avaient vécu une nuit complètement folle. Des embouteillages monstres, des processions d'énormes Cadillacs charriant depuis les campagnes des douzaines de femmes drapées dans leur tchador, des gens qui chantaient dans les rues, des radios hurlant au maximum sur les toits, des taxis, des pétarades. Au Palais, l'atmosphère était à un peu plus grande qu'un grand salon parisien, aux murs gris perle, couverts de miroirs, les papotages, les baisers entre amis qui se retrouvaient, ajoutaient encore à cette impression de fête familiale. Dans le parc, en attendant l'arrivée des souverains, les femmes en robe longue, les hommes en habit montaient et descendaient le long des hautes tribunes, prenaient le frais sous les arbres, fumaient près des bassins. Il ne manquait que le passage des habituels porteurs de plateaux de thé.

Des émeraudes grosses comme des œufs

À l'intérieur, le peintre Yves Brayer, en tenue d'académicien, prend des croquis sur son carnet. Le premier ministre, pour une fois sans orchidée à son revers, met au point sa caméra japonaise. Entre Karim et Saddrutin, la Bégum se fait surtout remarquer par sa jupe courte (robe de mousseline beige brochée d'or et bordée de vison), la seule de l'assistance. Les invitées auxquelles la reine avait imposée une grande discrétion de coloris (pourtant le vert et le jaune dominent), se sont rattrapées sur les broderies. Tout ce que la haute couture parisienne a fait de plus scintillant se reconnaît sur les gradins. Plusieurs exemplaires des mêmes robes se tournent rageusement le dos et on a même compté une bonne quarantaine d'identiques couvre-chefs en forme de fez, terminés par un gland fleuri.

Dans la tribune royale, des bijoux comme on en voit jamais dans les cours occidentales. Des émeraudes grosses comme des murs sur la tiare de la princesse Ashraf, de sa soeur, la princesse Shams et de leur nièce, la princesse Shahanaz, fille aînée du chah. Même l'adorable petite Farahnaz, âgée de 4 ans, porte un fin collier de brillants qui retient son chignon bouclé. Plus modeste, la mère de Farah s'est contentée d'un léger diadème d'émeraudes, mais les diamants de son collier sont gros comme des noix. Très maîtresse d'elle-même, Mme Farideh Diba... Beaucoup d'allure et portant haut le menton, elle paraît beaucoup moins émue qu'on ne s'y attendait.

L'émotion serait plutôt du côté de la fille aînée du roi qui ne cesse d'essuyer ses larmes et son rimmel.
L'émotion serait plutôt du côté de la fille aînée du roi qui ne cesse d'essuyer ses larmes et son rimmel que pour s'occuper de sa petite sœur qui bâille, bat des pieds, se lève, danse sur place et se fait faire les gros yeux par sa mère. Car la reine a l'œil à tout.

Très troublée au début (ses mains jointes tremblent quand elle apparaît vêtue de sa seule robe blanche barrée d'une décoration bleue et de ses somptueuses émeraudes) elle retrouve vite le sourire et la majesté dès que le chah a pris place auprès d'elle. Un clin d'œil à son époux qui semble, lui, extrêmement ému, un haussement de sourcils à son fils qui s'affaisse sur son trône un geste vers son chambellan; elle veille à la perfection de l'ensemble qu'elle a mis au point elle-même avec la plus extrême précision.

Parmi les fleurs et les jets d'eau

Et tout à coup, on plonge dans l'irréel. Le chah, sur son trône d'or et de pierreries, avec sa haute couronne, sa cape de cachemire, son épée de rubis et son sceptre de brillants dans la main droite: c'est une image sortie du XVIIe siècle. La chahbanou, agenouillée devant son roi, sur un coussin d'or, tandis qu'il lui sourit, c'est une enluminure au Moyen Age. Dans sa cape de velours vert, sous sa haute couronne d'émeraudes et de rubis, l'impératrice ressemble à une icône byzantine. La sortie de la salle avec l'arrêt buffet devant une coupe de champagne redevient un événement mondial, plutôt bourgeois. Devant un des miroirs de l'escalier de glaces, Farah rajuste sa couronne avec des gestes «pour chapeau».

La foule des invités massés sur les gradins applaudit dehors, tandis que sur le long podium couleur fuchsia passe lentement le cortège, au son des cornes et des tambourins anciens. Un peu théâtrale mais si joliment mise en scène, cette lente procession qui passe sous les arbres, parmi les fleurs et les jets d'eau. Et derrière, jouant au petit soldat, au pas rythmé de ses aides de camp, l'adorable petit futur roi. C'est lui le grand triomphateur de ce couronnement, celui pour qui son peuple a hurlé le plus et voulu couper les barrages. Dans le carrosse noir qui l'emporte au milieu de la foule, ses écuyers ouvrent de temps en temps la portière pour qu'on puisse mieux le voir et le photographier. Inlassablement, il agite sa petite main gantée, en suçant des bonbons, mais sans jamais perdre son air si grave et semblant presque conscient de ce que cette journée va signifier pour lui. On est tout attendri et un peu effrayé aussi du poids que l'avenir dépose sur les épaules d'un si petit enfant.

Par Hélène de Turckheim


------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Le discours du chah

À l'issue du couronnement proprement dit, et après avoir reçu les félicitations et les voeux des principaux personnages de son royaume, le chah prend à son tour la parole:

«Je remercie Dieu qui m'a donné la possibilité de rendre à mon peuple et à mon pays tous les services qu'il était en mon pouvoir de leur rendre, a déclaré l'empereur dans son allocution. Je demande également à Dieu que, dans I'avenir, je puisse continuer à servir mon peuple comme je l'ai fait jusqu'à maintenant. Le seul but de ma vie, c'est l'honneur et la gloire de mon peuple et de mon pays. Je n'ai qu'une seule espérance: garder l'indépendance et la souveraineté de l'Iran et faire progresser le peuple iranien. Pour atteindre ce but, je serai prêt, s'il le fallait, à offrir ma vie.» En cet instant où je pose sur ma tête la couronne du plus ancien empire du monde et que, pour la première fois dans l'histoire, la chahbanou d'Iran a ceint, elle aussi, la couronne, je me sens de plus en plus près de mon noble peuple si fier de ses traditions nationales et je souhaite que ce peuple soit toujours protégé par la bénédiction divine.
«Que Dieu tout-puissant, a conclu le chah, me permette de donner aux prochaines générations un pays heureux et une société prospère et que mon fils, le prince héritier, demeure lui aussi, sous la protection divine dans l'accomplissement de la tâche importante qu'il aura à porter sur ses épaules.»

http://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2017/10/25/26010-20171025ARTFIG00276-il-y-a-50-ans-le-couronnement-du-chah-d-iran-et-de-farah-diba.php
"Affirmons notre fierté d'être Français (et je rajouterais Iraniens), car on ne bâtit rien sur l'auto-dénigrement"