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Auteur Sujet: Série documentaire "La route de la soie"  (Lu 160 fois)

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Hors ligne Florinda

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Série documentaire "La route de la soie"
« le: décembre 01, 2017, 11:17:02 am »
“Marco Polo ? Un excellent Guide du routard sur la route de la soie”

De Venise à Xi’an, le grand reporter Alfred de Montesquiou a parcouru la route de la soie sur les traces de Marco Polo en faisant dialoguer les cultures. Et, en réalisant avec Xavier Lefebvre, “La route de la soie et autres merveilles”, il a aussi réalisé un rêve d’enfant. Une étonnante série documentaire à suivre sur Arte.

Après des années passées sur le terrain, Alfred de Montesquiou, grand reporter à Paris Match depuis 2010, prix Albert-Londres 2012 pour ses reportages en Libye et sur la chute de Kadhafi, est à un moment de sa vie où il aspire à « retrouver la part lumineuse du Moyen-Orient ». Arabophone, d’un contact très spontané, il revendique « la rencontre avec les gens, qui prime sur toutes les théories et les a priori ».
En parcourant pour Arte la « route de la soie », il est parti sur les traces de Marco Polo de Venise à Xi’an. Une étonnante série documentaire de 15 x 26 mn sur « le dialogue des cultures qui génère intelligence, beauté, tolérance et innovation » .

D’où vous vient cette passion pour le Moyen-Orient ?
Comme reporter, j’ai vécu au Caire, à Beyrouth, à Khartoum. J’ai été basé au Maghreb. J’ai couvert la guerre en Afghanistan, au Sud Liban en 2006, à Gaza et évidemment en Irak et en Syrie. J’ai étudié l’arabe pendant des années, sans doute inspiré par mon grand-père, disciple de Louis Massignon [universitaire et islamologue français, ndlr]. J’aime à la fois cette région et cette culture. Pourtant, pendant des années, mon métier m’a conduit à n’en voir que la face sombre : la corruption, la violence, la misogynie, le viol, la torture, les guerres… J’y ai perdu des proches, et j’ai failli y mourir à deux ou trois reprises. Du coup, quand on m’a proposé ce projet de série documentaire, j’ai fait mine de réfléchir un quart d’heure, mais je jubilais intérieurement, car « la route de la soie » est un rêve d’enfant. J’ai proposé le sujet vingt fois à Match qui ne voulait pas se lancer. Trop cher, trop compliqué… Le documentaire est mon autre passion. Alors j’ai dit oui.

Cette route de 11 142 km n’a pas de tracé géographique fixe. Comment avez-vous élaboré ce gigantesque « road-documentaire » ?
« La Route de la soie », aussi appelée « Route des épices », est une route commerciale. Si elle est connue aujourd’hui, c’est qu’elle a eu comme corollaire une « route intellectuelle ». Sans s’en rendre compte, les marchands d’épices, d’émaux, de chevaux… véhiculaient dans leurs bagages des idées, des langues, de l’esthétique. Du premier au dernier jour, nous avons cherché les traces visibles, physiques et filmables du « dialogue des cultures », en comparant par exemple la légendaire cité de Samarcande sous Alexandre le Grand avec la vision imaginaire qu’en avait Marco Polo et avec le visage actuel de cette ville. Tout fait sens, de l’architecture aux échoppes du grand bazar. Une historienne a beaucoup travaillé en amont sur le projet, elle a conçu une sorte de bible très documentée [document qui met en place tous les éléments de la série documentaire, ndlr]. On a eu de longues réunions avec Arte pour définir les quinze étapes. Sur le terrain, dans chaque pays, nous avions un fixeur. On interviewait des historiens, des experts.
De mon côté, j’ai lu beaucoup, y compris durant les longs trajets en 4x4. A chaque fois que l’équipe arrivait sur un site, chacun avait son rôle. Xavier Lefebvre et Christophe Boyer commençaient à filmer les séquences sur l’histoire des lieux, tandis que je discutais avec nos interlocuteurs. Après, j’improvisais mon commentaire. Au bout d’un moment, on se sent rodé et nourri par ces voyages et ces échanges chargés d’information. Ce tournage a été jubilatoire grâce aux gens qu’on a rencontrés qui nous ont tirés vers le haut. Une sorte d’alchimie a permis d’instaurer un climat de confiance et de suivre notre fil rouge du « brassage et du dialogue des cultures ».

Quel rôle joue le récit de Marco Polo, écrit à la fin du XIIIe siècle, dans ce voyage en images huit siècles plus tard ?
Pour concevoir cette série et écrire le livre (1) qui l’accompagne, j’ai suivi la même démarche que pour mon livre Oumma : un grand reporter au Moyen-Orient paru au Seuil en 2013. Elle m’a été inspirée par l’écrivain polonais Ryszard Kapuscinski et son livre remarquable Mes Voyages avec Hérodote, dans lequel il vagabonde tout en lisant les chroniques d’Hérodote. Il compare ainsi sa vision de l’Egypte de Nasser avec celle d’Hérodote à l’époque des pharaons. Nous avons fait la même chose avec Le Devisement du monde, le récit de Marco Polo : on s’en est servi comme d’un livre de voyages, comme si c’était un Guide du routard. C’est amusant et cela donne une profondeur de champ historique.

Avez-vous eu des coups de cœur durant ce périple ?
J’aime beaucoup l’épisode des grottes de Mogao dans la province de Gansu. J’ai un coup de cœur également pour le volet sur Kashgar et la vallée verdoyante de Tashkurgan, joyau couleur émeraude niché à 4 000 mètres d’altitude, flanqué de montagnes et de falaises. J’ai toujours rêvé de parcourir cette route mythique de 1 300 km, baptisée aujourd’hui la « Karakoram Highway » qui relie Kashgar en Chine à Gilgit au Pakistan. Dans Le Devisement du monde, Marco Polo raconte qu’il y a souffert du mal d’altitude et qu’il fallait saigner les naseaux des chevaux, sinon ils crevaient de syncope et d’asphyxie. L’exploratrice suisse Ella Maillart l’a aussi parcourue dans les années 20 pour découvrir Kashgar, comme elle l’a écrit dans Des oasis interdites. Elle a failli y mourir, tellement c’est dur. Dans les années 60 et 70, les Chinois ont finalement pavé cette « autoroute » au prix d’efforts humains gigantesques, puisque 1 200 hommes ont péri durant les travaux. Physiquement, on est en Chine, mais aussi à quelques kilomètres du Pakistan, à 10 km de l’Inde, tout près du Kirghizistan et du Tadjikistan. Les gens pratiquent le culte zoroastrien, ils font « la danse de l’aigle » [en imitant le vol des aigles avec leurs bras, ndlr]. J’ai interviewé une fille tadjike aux traits européens, on aurait dit une jeune Anglaise. C’est un endroit grisant et un magnifique exemple de l’interpénétration des peuples. Autre coup de cœur : l’Iran. Montrer la beauté de l’Iran, l’intelligence de ce peuple, leur culture, tout ce qu’on a à gagner à les côtoyer, c’est important en cette période hésitante où Trump est capable de dire « pourquoi ne pas aller bombarder l’Iran ? » C’est vital de dialoguer avec l’Iran et la culture perse plurimillénaire et majeure. Il y a une telle beauté que la démonstration se fait à l’écran. Pas besoin de discours.

Y a-t-il des endroits où vous avez essuyé des refus ?
Non, rien de grave. Sur la « route de la soie », il  y a du « good will » (de la bienveillance) entre les gens. Nous n’avons pas eu de soucis, à part une embrouille en Chine lorsque nous avons voulu filmer le « mausolée de la princesse parfumée » (mausolée d’Abakh Khoja) : les types sont devenus hystériques et n’ont pas voulu qu’on tourne. On a compris que c’était un haut lieu de l’indépendantisme ouïghour. Nous avons aussi été très embêtés à Téhéran par les « gardiens de la Révolution » parce qu’on filmait la gare. J’imagine qu’ils nous ont pris pour des espions. Ils ne nous ont pas arrêtés, mais il a fallu détruire les images de la gare. Tous les pays dans lesquels nous sommes passés sont fiers de leur passé et de figurer sur cette « route de la soie », et ils ont envie de diffuser la série sur leurs chaînes nationales. Où pensez-vous qu’il a fallu faire le plus attention en terme de liberté d’expression et de mouvement ? Avec les ayatollahs iraniens, l’armée chinoise ou la police secrète ouzbek ? Les gens les plus difficiles ont été le clergé catholique à la basilique Saint-Marc à Venise. Ils contrôlaient tout ce qu’on faisait et surveillaient nos caméras, nous interdisant les plans larges. Ils nous ont fait payer pour filmer à l’intérieur : sur tout le trajet, ce fut le seul cas.

(1) La Route de la soie, d’Alfred de Montesquiou, Arte Editions-Chêne, 29 euros.
A voir
La Route de la soie et autres merveilles, série documentaire écrite par Alfred de Montesquiou et réalisée par Xavier Lefebvre. Du 27 novembre jusqu’au 15 décembre, du lundi au vendredi à 17h30. Replay : disponible 60 jours.

http://www.telerama.fr/television/marco-polo-un-excellent-guide-du-routard-sur-la-route-de-la-soie,-alfred-de-montesquiou,n5377001.php?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook